Au milieu des années 90, Domingo était annoncé comme le nouveau prodige du Bronx. Ses premières productions pour Krs-One ou Fat Joe sentaient en effet les rues new-yorkaises à plein nez et faisaient preuve d'un sens rare de la boucle et des ambiances. Puis, rapidement, la qualité du travail de Domingo a décliné et il est tombé dans l'oubli. Par moment cependant, le génie resurgit et parvient à nous surprendre agréablement. Dernièrement, on se rappelle particulièrement de sa participation au génial "Disposable Arts" de Masta Ace ou de ses compilations " Game Over" pour le label Yosumi. Avec le temps son style s'est raffinée, est devenu plus élaboré (parfois trop policé diront certains) et s'est teinté d'une subtile touche latino due aux origines de Domingo, même si ses programmations de batterie restent assez limites.
A l'initiative du label Official Jointz, Domingo a une fois de plus l'occasion de réaliser entièrement un album avec "The Difference Vol. 1". Comme le laisse deviner le sous-titre "Respect The Architects", le gros des titres est confié à de vieilles connaissances sur le retour : Krs-One, Kool G Rap, Craig Mack, Royal Flush (ex-protégé de Mic Geronimo) ou encore des représentants du Boot Camp (Cocoa Brovaz, Sean Price d'Heltah Skeltah). Désireux de relancer leurs carrières, les anciens donnent tous le maximum et nous ramènent l'espace d'un instant dans leur glorieux passé. Chacun dans leur style, ils font bonne impression. Quelques valeurs sûres de l'underground sont aussi au rendez-vous. En ouverture de l'album, Evidence, Babu et Rakaa se montrent très à l'aise sur un 'Certified Official' posé du meilleur cru, orné d'une belle ligne de trompette. Punch-N-Words livrent plus loin un bel hommage à leur New-York natal. Au contraire, un Mr Eon (de High & Mighty) sous Prozac cachetonne sans conviction en nous servant un énième défilé de métaphores à l'humour potache sur 'Rumble'.
Du fait des motivations diverses des protagonistes, on a ainsi le droit à un résultat hautement irrégulier où le meilleur côtoie le pire. De plus, Domingo cède encore au péché mignon qui avait gâché son "Behind The Doors Of The 13th Floor" en alignant de médiocres inconnus aux côtés des grands noms. Deux exemples parlants : les indignes prestations de Rise et K-Slash (?). Heureusement, le posse cut n'a cette fois pas été pollué par des mécréants. 'Double Up' réunit une dream team gangsta qui fait plaisir à entendre : Royal Flush, G Rap et... Big L (qui avait collaboré avec Official Jointz avant son décès). Une vraie satisfaction... et un petit pincement au coeur.
Malgré les réserves évoquées, Domingo prouve une fois de plus qu'il est cruellement sous-estimé. Certains beats sont ce que l'on a entendu de mieux en provenance de New York cette année dans un style classique (hors Non Phixion) et, dans ses meilleurs moments, "The Difference Vol. 1" est assez jouissif. Si Domingo assure la plupart du temps, il se laisse parfois un peu aller. Ainsi, dès qu'il délaisse son sampler, la qualité s'en ressent ('Play No Games'). Autre cas de figure : 'Clear' Em Out', qui a fait parler de lui, où Krs se montre offensif en attaquant en douce Nelly et en nous donnant à entendre un Teacher survoltée (même si la bataille est gagnée d'avance) bien soutenu par Tonedeff. Ce titre subversif est malheureusement affublé d'un instru très moyen et d'un refrain assez horripilant. Un comble!
Si Domingo commet toujours des erreurs et que le résultat est inégal, la balance penche quand même vers le positif. Ceux qui avaient apprécié les compilations "Game Over" seront comblés par ce nouvel essai assez similaire. Pour les autres, une réflexion et une petite écoute s'imposent...
Cobalt Septembre 2002