Concert
Saul Williams

Lieu: Point Ephémère, Paris
Date: 1er septembre 2006

Presque à l'heure dite, il avance sur la scène. La musique programmée pour l'attente, Thom Yorke et quelques classiques boom-bap, s'arrête. Presque sans introduction, Saul Williams se lance au micro dans une suite de phrases. C'est rapide. Abrupt. Il n'est pas très à l'aise. Son allure surprend plutôt : mince et carré, haut, il a les traits secs. Il ne lui reste qu'une bande de cheveux courts sur le dessus et l'arrière du crâne. Teints en bleu. La première impression de ce concert est assez diffuse, la musique envoyée l'est à fort volume, les mots sont à vrai dire couverts. Le public hésite, ne sait s'il doit crier. Quatre-vingt minutes plus tard, il ne contiendra plus son énergie – chaque visage sera éclairé d'un sourire. Il expulsera une incroyable vague de remerciement. Un élan collectif. Ce qu'on appelait autrefois un trip. Au terme de l'échappée, Williams aura fait passer son idée :

'The earth is not a flat screen / I ain't trying to fit in / But this ain't for the underground / This here is for the sun / A seed a stranger gave to me and planted on my tongue / And when I look at you / I know I'm not the only one'.



Que s'est-il passé entre temps? Un art du crescendo. Sur les compositions de son dernier album, compactes et nerveuses, Saul Williams déploie petit à petit la voile de son vaisseau amiral. Parfois moins convaincant, comme sur le rythme carabiné succédant aux évocations d'un 'African People', il n'enraye pas pour autant sa course. Une course commencée avec toutes les réserves de souffle dont a besoin un coureur de fond. Williams sillonne le verbe comme les hauts plateaux du Kenya. Ses paroles sont très vite offertes, comme de la matière à travailler. De la terre glaise, une substance malléable que l'on apprend à manier. Qui nous laisse le temps de trouver notre place. Sur des boucles brutes ou jazz, libres, l'interprète aborde des sujets variés avec une intonation constante. Si l'on voulait être schématique, on dirait qu'il est l'ambassadeur musical que rêverait Amnesty International. Les schémas peuvent avoir du bon, surtout quand on veut rester concentré sur le flot d'un concert.

'I want nothing more that to be here with you / If you fulfill my dreams / Will that fulfill you too? / I need a second / I need a second think'

Sur une marche de caisses sans résonance, ses inflexions de voix pleurent. Saul devient soudain romantique. Il l'a toujours été. Depuis la boue du Mississipi, la dépouille de Jeff Buckley semble se rapprocher. L'artiste est sur le point de se rendre, habité. La blessure est trop profonde : il crie la rage de ne pas pouvoir aimer. La peur d'être laissé seul. Ou d'être écrasé. L'arrivée de son comparse Mike Ladd lui apporte un répit salutaire. Willams devient à nouveau un rappeur sautillant, potache. Inspiré rigolard. Certes, Ladd n'est pas en forme et semble être pris au réveil dans un studio crasseux. Mais qu'importe. Le grand Saul ne tarde pas à reprendre le flambeau.

'I wrote a song for you today while I was sitting in my room / I jumped on my bed today and played it on a broom / I didn't think that it would be a song that you would hear / But when I played it in my head I made you reappear...'



Le concert se termine dans le tintamarre de guitares du futur. Dans l'air énervé et cathartique sur lequel Williams égrène sa liste de requêtes. La somme des réparations qu'une gueulante suffit à peine à contenir. L'assistance se fond en un seul corps frétillant, comblé. Vif et harmonieux. Les rappels seront consacrés à la réinterprétation des freestyles les plus fameux du film "Slam", qui en 1998 fit définitivement sortir Saul Williams d'une ombre tenace. On le revoit en Ray Joshua, spectre et archange dans la cour d'une prison, seul sur un tapis volant de mots, de strophes estropiées, brinquebalant sur un discours jeté au ciel.

'I'm that nigger / I'm that nigger / I'm that nigger / I'm that nigger / I'm that nigger / I'm that nigger'.

Encore, sans cesse.

Article et photos de Billyjack
Septembre 2006





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