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De l'exploitation de notre culture

Il suffit d'ouvrir les pages du moindre magazine américain pour se rendre compte de la toute-puissance des majors sur le contenu rédactionnel et les appréciations des professionnels de la critique. En France, la situation est heureusement meilleure (cf. Real ou Radikal) mais tout n'est pas rose. Les ondes des radio sont elles aussi de plus en plus polluées par une mauvaise soupe et rares sont les DJ qui osent sortir des sentiers battus... Il n'y a guère que sur internet que l'on trouve encore des bastions de résistance et de libre expression.

C'est que les enjeux sont importants pour les majors et qu'elles sont prêtes à tout pour perpétuer leurs profits ; quitte à freiner le développement de la musique elle-même. Les moyens de pression sont nombreux :

- Opération de censure des éléments "non-conformes" au dogme mis en place par les impératifs économiques du capitalisme;
- Lancement de modes, de styles, de rappers en toc;
- Battage publicitaire;
- Inculcation par le biais de la radio et de la presse d'un goût pour tel ou tel type de musique;
- Barrage économique à tous les rebelles....

Comme les goûts du grand public ne sont ancrés dans aucune perspective historique ou culturelle, du fait de leur ignorance des valeurs fondatrices du hip-hop, ils sont très malléables. L'auditeur lambda peut se convertir à n'importe quoi pourvu que ça ne choque pas trop ses normes. Ainsi, on fabrique de toutes pièces des stars et des modes susceptibles de plaire à tous à partir de rappers de bas étage... Ne soyez pas étonné quand viendra une Rap Academy!. A force de clips bien ficelés, de faux buzz, de copinage et de featurings payés cash, on met sur un piédestal des pantins qu'une partie de la critique s'empresse d'aduler pour quelques billets. Qui a dit Fabolous? Lil' Bow Wow? Ja Rule? Les exemples sont trop abondants pour que l'on ne voit pas les grosses ficelles derrière ces marionnettes obéissantes. Sans parler des rappers qui, conscients du système en place et avides de maille, prennent la voie de l'indépendance pour aller plus loin que les majors dans la bêtise et travestir le rap en musique pour enfants (Master P, Cash Money).

Le problème c'est que pendant que les apôtres du mercantilisme sont en rotation sur les ondes on exclut des spotlights tout ce qui n'est pas directement exploitable : l'art et la personnalité. Comment expliquer l'indifférence de la presse US vis à vis des bijoux livrés ces derniers temps par J-Live ou El-P sinon par cette prédominance d'une logique capitaliste qui sous-entend que tout ce qui vend est bon? Aujourd'hui, les rappers ne veulent plus faire des classiques mais bien "être platine". Ce n'est pas une surprise si la majorité des meilleurs disques de ces dernières années sont venus d'illustres inconnus relativement isolés (J-Zone, Cannibal Ox, Atmosphere, Illogic, etc). Des tréfonds de l'underground, ils ont émergé avec des personnalités inédites et des sonorités jamais entendues démontrant qu'il existe bien une voie parallèle, un échappatoire pour tous les amoureux de bon rap. Le salut du hip-hop se trouvera sûrement dans le travail intègre de cette nouvelle scène... Mais encore faut-il qu'un réseau d'informations se crée en symbiose pour informer les hip-hoppers des sorties et de l'actualité. C'est le pari à relever dans le futur pour des webzines comme le nôtre : vous aider à faire le tri dans la jungle des sorties et à distinguer le vrai du faux.

Cobalt
Janvier 2001

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