Portrait
Aesop Rock



"Must not sleep. Must warn others"
(Aesop is coming to rock the mic)

Vous cherchiez une idole ?… prenez Aesop Rock. Ian Bavitz est né à Long Island il y a 26 ans et passe la première partie de sa vie dans le Lower East Side new-yorkais, un quartier et une ville comme principales et intarissables sources d'inspiration. Aesop Rock est un mc talentueux, une voix rauque, un flow souvent monocorde, toujours étonnant et ponctué par des avalanches de rimes multisyllabiques impressionnantes.

Sa première trace discographique est le classique "Music For Earthworms" (1998), perle underground introuvable, confectionnée à la maison et distribuée au compte-gouttes par Internet et lors de ses nombreux shows remarqués. L'album est le prélude d'une carrière remarquable et nous présente un artiste complet, grand mc et très bon beatmaker. 'The Substance' et 'Shere Khan' sont de véritables merveilles. Novembre 1999, sort "Appleseed" un excellent Ep qui fait vite de l'ombre a son prédécesseur tant il atteint des sommets sur les 8 titres qui le composent. Le saxophone jazzy de 'Dryspell', l'orgue de 'Sick Friend' et la sombre atmosphère de 'Same Space' font d'"Appleseed", un "album" brillamment produit (par Blockhead, Omega One et Aesop lui même), un disque sur lequel l'homogénéité n'est à aucun moment altérée par la diversité et la variété des ambiances. "Appleseed" révèle un prodigieux garçon de 22 ans, éternel adolescent, fasciné par sa ville et le monde qui l'entoure, talentueux mc, imposant, magistral, et très grand lyriciste. Dose one, chef de file de l'écurie Anticon rejoint Aesop sur 'Odessa', conclusion séduisante d'une des meilleures sorties de 1999.

C'est d'ailleurs Mush, label affilié à la structure californienne qui propose son premier contrat a Aesop (jusqu'alors "emmerdé par la paperasse des labels"), l'album "Float" (2000) est le fruit de cette signature et est pour beaucoup considéré comme le meilleur de l'artiste. Sur 20 plages, Aesop Rock subjugue par son talent et sa capacité à innover, les productions (toujours assurées par Blockhead, Omega et Aesop) sont largement à la hauteur des prestations du mc qui nous livre un "must-have" brillant. La forme atteint la perfection - si elle est de ce monde - cuivres et cordes se mêlent à des ambiances cinématographiques parfois inquiétantes, on décèle même des reminescences Country sur le duo avec Slug (Atmosphere) sur lequel les deux mcs s'amusent d'une joute syllabique et lyricale dans les règles de l'art. Parmi les nombreuses perles que propose "Float" notons 'Attention Span' partagé avec Vast de Cannibal Ox , 'How To Be A Carpenter', lyrique et envoûtant et 'No Splash' où l'on soupconne le sample d'une sirène de bateau. Bluffant. Le fond est tout aussi intéressant et mérite une lecture attentive (et difficile) des lyrics, on y retrouve une critique de la société américaine, de l'influence des médias ainsi que la peinture d'une ville (New York) inspirant fascination et claustrophobie. Rien est à jeter, Float" est un monument à la hauteur de son créateur, il s'érige au delà de toutes règles pré-établies.

La collaboration avec Mush est de courte durée et Aesop Rock rejoint Def Jux, structure créée par El-P (ex-Company Flow) et fleuron d'un hip hop indépendant renouvelé. En résulte, en 2001, le très bon "Labor Days" amorcée par la sortie du maxi "Coma / Maintenance" qui propulse Aesop Rock au rang supérieur. Le mc-producteur prend du gallon et devient une des têtes d'affiche d'un label qui a le vent en poupe. Plus qu'un simple disque, "Labor Days" est une psychanalyse, une dissertation de 14 titres autour du travail et de l'assujettissement qu'il confère. L'album est remarquable en de nombreux points, il est ordonné, harmonieux, presque irréprochable. Beaucoup reprocheront à "Labor Days" son ascétisme, son austérité. Il est clair que l'on est loin de la palette d'ambiances et de couleurs offerte par "Float", mais le résultat est loin d'être désagréable, outre les performances du mc, desormais monnaie courante, on remarque une véritable ligne directrice, une unité évidente autour de ce thème unique. Le tubesque et efficace 'Daylight' annonce une plus grande accessibilité qui n'enlève rien la richesse lyricale caractéristique de l'artiste :

"Life's not a bitch life is a beautiful woman.
You only call her a bitch because she won't let you get that pussy.
Maybe she didn't feel y'all shared any similar interests
Or maybe you're just an asshole who couldn't sweet talk the princess".


Le superbe 'No Regrets' revèle les indubitables talents de narration d'Aesop Rock qui raconte la vie de "Lucy" :

"Lucy was 7 and wore a head of blue barettes
City born, into this world with no knowledge and no regrets
Had a piece of yellow chalk with which she'd draw upon the street (...) Now Lucy was 37, and introverted somewhat (...) She traded in her blue barettes for long locks held up with a clip
Traded in her yellow chalk for charcoal sticks
And she drew (...) Lucy was 87, upon her death bed
At the senior home, where she had previously checked in
Traded in the locks and clips for a head rest
Traded in the charcoal sticks for arthritis, it had to happen
And she drew no more, just sat and watched the dawn (...)."


Toutes les plages de "Labor Days" sont du même acabit et font de l'album une véritable oeuvre littéraire. Les productions sont toujours joliment travaillées par la même équipe que les albums précédents. On notera les apparitions de C-Rayz Walz ('Bent Life') et Illogic ('One Brick') et un artwork intriguant (un amas de corps difformes).

2002, nouvelle année, nouvelle sortie, le Ep "Daylight" met en avant la première collaboration Aesop Rock / El-P ('Nickel Plated Pockets' sur lequel Vast nous gratifie de quelques apparitions dans la peau d'un clochard new yorkais). On remarquera l'excellent 'Night Light', sombre suite réussie de 'Daylight' et 'Alchemy', production de Blueprint. "Daylight Ep" est loin d'être au niveau de ses prédécesseurs, les productions bien que réussies paraissent souvent en inadéquation avec le travail d'Aesop au micro.

Aesop Rock est donc un véritable stakhanoviste (5 sorties en 5 ans), un mc étonnant et innovant, un très bon producteur, un personnage atypique, intéressant, hors-normes. 2003. A l'heure où beaucoup prédisent la décrépitude de Def Jux, Aesop Rock devenu une des "têtes de liste" du label s'apprête a sortir "Bazooka Tooth", un nouvel album qu'on espère dans la lignée de ses précurseurs, les productions devraient être signée El-P, Rjd2 entre autres.

"Every little step we take breaks the dreams
Of a warm pig itching to re-stitch the seams"


Kreme
Janvier 2003

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